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Le conte

Dimanche dernier, je suis allé voir avec Laurie le conteux Fred Pellerin au Sergent Recruteur (une brasserie artisanale au coin Villeneuve et St-Laurent). Il n'est plus vraiment utile de vous présenter l'un des conteurs les plus connus du Québec. À travers les contes de son village, Ste-Élie-de-Caxton (en Mauricie), il a renouvelé le conte et a redonné vie à la tradition orale. Ainsi, deux heures avant son spectacle, des gens faisaient déjà la file pour pouvoir entrer au Sergent l'écouter.

Pour beaucoup, quand on prononce le mot "conte", ils pensent à Blanche-Neige, à Cendrillon ou au petit Poucet, personnages d'un univers fantastique moyen-âgeux ne servant qu'à divertir les petits enfants. Ainsi, il a longtemps existé ce préjugé que le conte n'était qu'une littérature enfantine, n'ayant aucun intérêt pour les adultes sérieux et raisonnables. Or, pendant des siècles, la plupart des contes traditionnels étaient racontés dans des veillées par des adultes pour des adultes. Que ce soit dans des salons tenus par des hautes dames de la cour de Louis XIV, ou dans une cabane de bûcherons au nord de l'Abitibi au XIXe siècle, les contes avaient une place importante.

Au XXe siècle, avec les analyses de Bruno Bettelheim, de Freud et de Jung, le conte avait pris une valeur éducative et morale pour les enfants. Tout n'était que symbole représentant les désirs les plus refoulés de l'inconscient. Par exemple, la Bête (du conte la Belle et la Bête) représentait le sexe bestial... et la Belle, une fois qu'elle s'est détachée de son père pour aimer un autre homme, elle apprend à reconnaître l'amour dans l'acte sexuel, représenté cette fois-ci par la Bête qui devient Prince.

Quel est le rôle du conte au XXIe siècle? Je ne peux pas répondre à cette question de manière collective. Cependant, j'ai une petite théorie personnelle sur le renouveau du conte au Québec. Tout d'abord, le Québec est entré dans l'urbanisation et l'industralisation très rapidement, après avoir passé des siècles dans un milieu rural baigné dans la tradition et la religion. Il y a eu une époque, pour suivre le reste du continent et du monde, les gens se sont adaptés dans un monde du marché et de l'économie. Il fallait être moderne comme les autres.

Cependant, chassez le naturel, il revient au galop. J'ai rarement rencontré une personne ayant grandi en campagne et qui, vivant maintenant en ville, dire qu'il ne se sent pas moindrement attaché à sa terre, que l'air frais, les étoiles, la vraie noirceur, que toutes ces petites choses de la nature lui manquent. 

Peut-être rêvons-nous de pouvoir retourner à cette époque de la simplicité? Peut-être rêvons-nous de pouvoir le faire, en regardant les étoiles?

Des étoiles, il n'y en a plus vraiment à Montréal ou même en banlieue. Des fois, deux-trois apparaissent dans un ciel éclairé par les lampadaires et les phares des voitures. Les contes de Fred Pellerin ou d'autres conteurs permettent de revenir, pour les citadins, à cet univers, même si très réel, sans complication et sans stress. Un univers dans lequel les gens se connaissent tous.

Hier soir, les gens étaient touchés par les paroles de Fred Pellerin qui parlaient des étoiles, du fou du village, des vieux qui se bercent en prédisant la météo à partir des oiseaux et des nuages.

Peut-être avons-nous besoin d'entretenir cet univers en nous pour survivre à la jungle urbaine, pour donner un sens à nos vies, pour avoir l'impression d'avoir tout simplement vécu? 

Donc, pour les poètes dans l'âme, je vous conseille de faire un petit tour au Sergent Recruteur les dimanches soirs, ou dans d'autres veillées de contes. D'ailleurs, à la fin octobre, il y a un festival du conte à Montréal et dans les environs... renseignez-vous auprès des maisons de la culture...

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