Jeudi dernier, je suis allé voir la pièce King Dave au théâtre La Licorne avec Olivier. Écrit et interprété par Alexandre Goyette, qui a gagné deux Masques (meilleure interprétation masculine et texte original), la pièce raconte les malheurs accumulés du jeune Dave suite à un vol de radio de voiture pour le compte d'une gang. Sous la forme d'un long monologue récité à un débit rapide et énergique, toute une violence se dégage pour nous frapper droit au plexus de la première à la dernière seconde de la pièce. Le langage est cru, direct, pour mieux servir le propos.
Nous ne sommes pas à New York ou Los Angeles, mais bien à Montréal, ce Montréal peu fréquenté ni connu par les touristes ou même par plusieurs Montréalais. Plus précisément, c'est la vie à Rivière-des-Prairies, St-Michel-Parc-Extension, Hochelaga-Maisonneuve, dans le S de la pauvreté de Montréal. Nous sommes au métro Langelier, Honoré-Beaugrand, Radisson, etc. Ce territoire avec des individus qui jouent dur... ces fameuses gangs de rue qui se retrouvent même dans les écoles secondaire comme Henri-Bourassa et Calixa-Lavallée. Du moins, c'est que les gens s'imaginent beaucoup. Il existe une part de réalité dans tout cela, mais vous pouvez circuler en tout sécurité là-bas si vous ne faites pas exprès pour provoquer les gens. D'ailleurs, c'est partout pareil. La pièce se situe donc dans les quartiers difficiles de Montréal. Dave essaie de se faire passer pour un tough qui veut se prouver qu'il est le plus fort et que personne ne peut l'humilier. Apprendra-t-il à gérer cette rage intérieure et comprendra-t-il quelle est la véritable force?
J'ai réellement apprécié cette pièce, par le texte frappant et l'interprétation quasi gueulée d'Alexandre Goyette. J'ai aimé qu'à travers cette image de gars fort et musclé (Dave) se cache le petit garçon vulnérable (David). Selon moi, Dave, c'est la grenouille qui voulait devenir aussi grosse qu'un boeuf, et qui se pète royalement la yeule dans le processus. Malgré le côté un peu caricatural de l'est de Montréal, la note est juste quant à la souffrance de plusieurs jeunes. D'ailleurs, plusieurs gars que j'ai évalués à l'Hôpital Rivière-des-Prairies me sont venus à l'esprit en écoutant la pièce. Que ce soit par le langage, les mouvements, les histoires, Alexandre Goyette a bien cerné la fin de l'adolescence de certains jeunes de l'est de Montréal (et j'ai bien dit certains jeunes).
Ce qui m'a surtout fait apprécié encore plus la pièce, c'est de pouvoir me replacer géographiquement dans la tête. En effet, il ne faut pas oublier que je travaille dans ces quartiers et que j'emprunte régulièrement les autobus et les métros passant dans le coin. Par exemple, j'ai eu un sourire en coin lorsque sont évoqués l'intersection Maurice-Duplessis/Armand-Bombardier (c'est là que j'attends l'autobus pour me rendre à l'hôpital Louis-H. Lafontaine), et le boulevard Perras (la 48 et la 89 passent par cette rue pour me déposer devant une allée menant à l'hôpital Rivière-des-Prairies).
Bref, King Dave est une pièce dans laquelle chaque parole est un coup de poing bien visé, et qui dépeint plutôt bien la vie rough de certains jeunes de l'est de Montréal.