Malgré mon amour pour le théâtre, je n'ai pas souvent eu l'occasion d'aller voir des pièces. Je ne sais pas trop pourquoi car je ne peux pas trop dire que je ne trouve jamais personne ou que je manque de temps. Dans tous les cas, j'ai décidé de me reprendre cette année, et d'aller plus régulièrement au théâtre.
Donc, au mois de janvier, j'ai vu au Centre d'essai de l'Université de Montréal la pièce Jacques et son maître et au Théâtre d'Aujourd'hui, Santiago.
Commençons avec Jacques et son maître... une petite recherche sur Google m'apprend que j'ai assisté à des supplémentaires d'une pièce montée par le TRAC et qui a été joué au Monument national. De plus, l'auteur est tchèque (Milan Kundera) et il a écrit un hommage à Diderot. Brièvement, l'histoire suit le parcours de Jacques, un serviteur plutôt bavard, qui accompagne son maître sur les grandes routes. Plusieurs histoires, qui en racontent en fait la même, s'imbriquent les unes dans les autres sur les thèmes de l'amour, de l'amitié, de la mort... des thèmes qui parlent finalement de la même chose, soit de notre condition humaine.
Des feuilles de parchemin, avec des extraits du texte, couvrent les murs et forment le décor. Une plateforme sur la scène forme une deuxième scène. C'est dans cet environnement que vont jouer les comédiens. Le jeu n'est pas uniforme entre les acteurs. Par exemple, Jacques est bien interprété, alors que la vieille Bigre est plutôt... disons-le franchement... assez mauvaise (jeu très amateur et exagéré).
L'intérêt de la pièce réside dans son questionnement sur notre destin: qui décide réellement de que nous faisons sur Terre? Nous mêmes, les autres, une divinité, etc?
Autre élément intéressant: vivons-nous tous la même histoire? Selon ce que j'ai retiré de la pièce, c'est que nos situations quotidiennes ne sont pas uniques et que chaque être humain vit les mêmes, mais en jouant un rôle différent. Par exemple, Jacques joue pour un instant l'amant de l'amoureuse de son ami, tandis que son maître joue le cocu dans une autre histoire d'amour. L'aubergiste raconte sa vengeance sur un marquis qui l'a trompée. Les détails changent, mais la structure reste la même. Si la même histoire se répète depuis des lunes, qui contrôlent réellement nos vies, si ce n'est que répétition?
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À peine deux semaines plus tard, je suis allé voir Santiago - Sur la route de Compostelle au Théâtre d'Aujourd'hui. Entre le conte et le drame psychologique, la pièce se questionne sur notre rapport à la religion et notre besoin de donner sens à notre vie. Ainsi, ceci fait un peu écho à Jacques et son maître.
L'histoire raconte celle de pèlerins sur la route de St-Jacques-de-Compostelle. Il y a Jacquot, le bandit des grands chemins qui commet son premier meurtre sur un pèlerin français revenu de Compostelle. Ensuite, le groupe espagnol composé d'un père, sa fille, un garçon recueilli, et un homme plutôt lent du nom d'El Lento. Chacun ses désirs, ses secrets. Sur leur route, des auberges mystérieuses qui révèleront leur angoisses et leurs vérités. La jeune fille, Marthe, qui veut inconsciemment devenir une femme (elle voit entrer dans l'auberge de la honte, lieu de débauche, une autre fille dont l'apparence lui est très semblable); Jacquot, le jeune homme qui traîne les séquelles de son passé et qui ne se pardonne pas son homicide; le père, homme désillusionné qui cherche la rédemption sans la trouver à travers ses pèlerinages à Jérusalem et à Santiago.
Le décor nous amène dans un univers moyen-âgeux, rappellant un peu les contes de Grimm par les forêts denses. L'immersion dans cet environnement est immédiate.
La pièce en soi est un peu longue (plus de deux heures avec entracte), ce qui dissout un peu le propos. Par contre, le jeu des acteurs qui interprètent avec intensité compense pour cette petite faiblesse. De plus, le dosage entre la comédie et le drame est bien équilibré. Nous n'entrons pas dans la pure tragédie, ni dans le comique ridicule.
Bref, ce fut une soirée agréable et divertissante. Par contre, les longueurs nuisent à la pièce, ce qui m'a fait décroché un peu. De plus, les entractes m'en font complètement sortir. Globalement, une bonne pièce, avec quelques petits défauts pour qu'elle soit excellente.